Alexandre's profileLe RoyaumePhotosBlogLists Tools Help
    October 20

    Résumé

    Dobrande, c'est le nom d'un royaume. Un royaume bien particulier qui ne se contente pas d'être une terre, des prés, des champs, des villes, des montagnes. Dobrande, c'est une entité pensante, un esprit et un corps, bien plus qu'un territoire.

    Ce que les Hommes voient, le sol qu'ils foulent des pieds, les monts qu'ils arpentent, les collines qu'ils gravissent, sont le corps de Dobrande, la partie de lui qui est palpable et qui constitue le royaume des Hommes.

    Il existe autre chose, ailleurs ; l'envers du décor, le reflet du miroir, Dobrande l'inférieur, ce que les Hommes ne voient pas, ne connaissent pas. Au mieux parviennent-il à le percevoir tout au fond de leurs entrailles. Ce royaume est celui des démons, des esprits, des spectres ; des entités aussi vivantes que les Hommes mais régies par aucune loi, assagies par aucune société, enrichies d'aucune culture. Ils sont les monstres et dévastent le royaume noir où ils sont confinés.

    Aux temps de jadis, Dobrande n'était qu'un : une seule entité globale, où le corps et l'esprit étaient fusionnés, où monstres et humains se livraient une guerre sans victoire, sans début ni fin, sans issue possible sinon la disparition de toute chose.

    L'esprit de Dobrande sacrifia son intégrité pour les Hommes. Le royaume se rompit. Le plan spirituel, noir, sans lune ni soleil, sans forme, sans relief, quitta le plan matériel. Deux mondes identiques, mais inversés, furent ainsi créés, comme dans le reflet d'un miroir, sans possibilité aucune de passer de l'un à l'autre. Hommes et monstres furent confinés chacun dans leur territoire. Et pour assurer l'équilibre des choses, Istarannon fut bâtie ; une porte vaste, immense, incommensurablement grand, dont l'arche invisible se perdait dans la hauteur des cieux. La porte fut dissimulée aux yeux de tous.

    L'esprit de Dobrande concéda un autre sacrifice. Il se devait demeurer du côté des monstres, dans le monde des esprits qui était le sien mais Dobrande le supérieur ne resterait pas sans surveillance. Lors d'une pluie sanglante, ce que les paysans voyaient comme la malédiction, des femmes se firent fécondées. De cette immaculée conception naquirent les mages, les enfants de Dobrande, des objets sans âme ni sentiments, à l'apparence humaine, qui resteraient à jamais incompris du reste des Hommes. Ils n'étaient que des choses, des outils de Dobrande, guidant le monde, organisant les villes, assurant l'ordre et la sécurité, partout, toujours, au-delà des lois de la capitale royale, au-delà de l'autorité des clercs, impunis, impartiaux et investis de tout pouvoir sans limite possible. Ils ne devaient pas se tromper, ils ne devaient pas agir mal. Toute leur existence n'avait pour but que le bien de Dobrande. L'esprit du monde n'avait cependant plus aucun pouvoir d'influence sur le plan matériel. Et pour pouvoir, un jour, détruire le monde des esprits en attaquant de deux côtés opposés, il devait se couper totalement des Mages qu'il avait créés. Aussi les abandonna-t-il, leur accordant une volonté propre mais dirigée vers un seul but, l'ordre. De cette volonté individuelle, toutefois, de ce libre arbitre, vint la faille.

    Car tout être intelligent peut se tromper ou échouer dans ce qu'il fait. L'esprit de Dobrande n'aurait su y échapper. Ses enfants, pendant des milliers d'années, remplirent leur mission avec succès sans jamais s'écarter de la ligne de conduite qui leurs avait été imposée par leur créateur. Les Mages, craints ou détestés mais jamais ignorés, assuraient la survie du royaume et intervenaient partout où leur présence s'avérait nécessaire.

    Cependant, un défaut apparut. Etait-il là, demeuré caché depuis l'origine ? Ou était-il apparu à force de cottoyer les hommes, des créatures aussi imparfaites ?
    L'esprit de Dobrande lui-même ne pouvait le savoir.

    Le pire de tous les fléaux redoutés s'abattit sur les Mages : l'émotion des Hommes. Là, un Mage et une Magicienne, que l'on croyait dépourvus d'âme et de sentiments, eurent une relation défiant toutes les lois, et il en naquit un enfant. Ici, un autre était la victime d'une insatiable curiosité au sujet de ce qu'il y avait d'invisible au-delà du monde visible. Là encore, un Mage se délectait de savoir que de sa simple volonté dépendait la vie de milliers d'Hommes.

    Les Mages avaient été conçus pour le maintient de l'ordre, et c'est pourtant de l'un d'eux que le chaos apparut. Poussé par le désir de savoir, l'attraction irrépressible de l'inconnu et du mystérieux, l'un d'eux parvint à ouvrir Istarannon.

    Comme il en avait été à l'origine du monde et comme le racontaient d'anciennes légendes, enfermées au fin fond du palais des Mages, le fléau des mondes s'abattit sur Dobrande, se ruant sur les peuples, ravageant les terres et les villages, noyant le royaume supérieur dans un océan de noirceur putride, de pourriture nauséabonde, fragilisant jusqu'au coeur du monde. Dobrande le Supérieur et Dobrande l'Inférieur étaient à nouveau mélangés. Les victimes allaient se compter par millions et la survie des royaumes n'était pas assurée. Les Mages eux-mêmes ne savaient pas s'ils seraient capables de ramener la paix, pas plus que l'esprit de Dobrande qui se matérialisa sous les traits d'un vieil homme, nommé Lencien. La fin du monde était là, tapie dans l'ombre, prête à fondre sur tous, à tout instant.

    Rebâtir Istarannon était une tâche trop difficile. Lencien était affaiblie, son royaume était mourant, son esprit tranché en deux et sa force amoindrie par l'effort qu'avait demandé, jadis, la création des Mages. Cette puissance d'autrefois avait dû être sacrifiée pour cela. Et aujourd'hui, qui aurait l'énergie et la volonté nécessaire pour constuire et refermer Istarannon ?

    Il n'existait qu'une seule possibilité. Une seule et unique chance. De l'union du Mage et de la Magicienne, un enfant avait vu le jour, le seul enfant issus des Mages. Qu'était-il ? A quoi ressemblait-il ? Le savait-il seulement ? Etait-il conscient de la force grondante qui sommeillait en lui ?

    Après la scission des forces de l'esprit de Dobrande lors de la naissance des Mages, cet enfant représentait la réunification de ces mêmes forces. Cet enfant, investi des pouvoirs de l'origine du monde, détenait en son sein la force de l'esprit de Dobrande. Il pourrait refermer Istarannon. Pour cela, eût-il encore fallu qu'il sache qu'il était autre chose qu'un pauvre paysan, cultivant les terres de son père, au fin fond du royayme.

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